Superpoze: « Ma musique n’a pas de sens si les humains ne se l’approprient pas »

Superpoze est un jeune musicien originaire de Caen qui s’est rapidement intéressé à la musique électronique. Pas de celle qu’on écoute dans les clubs, mais plutôt celle qui nous emmène dans un voyage à l’aide d’une musique réfléchie faite de nappes et de mélodies. A côté de ça, il se diversifie et produit aussi pour des artistes comme Nekfeu ou Lomepal. On l’a rencontré quelques heures avant son passage au Botanique.

 

Salut Superpoze!

Salut!

Qu’est-ce qui t’a influencé pour l’album For we the living de différent par rapport à Opening ?

Globalement c’est les mêmes choses, j’étais dans le même esprit. Après c’est un album plus large, plus assumé. Sur Opening on est plus dans un « cocon », dans une petite pièce quoi, c’est un seul trajet. Sur celui si, y’a plus de mouvement j’ai l’impression, après c’est les mêmes éléments beaucoup de piano, des synthés, un peu de samples.

En fait, je les ai faits dans des endroits différents, Opening je l’ai fait dans ma chambre chez ma mère, et le deuxième je l’ai fait dans une assez grande maison dans le sud de la France avec un grand terrain, beaucoup d’ouvertures, de fenêtres ouvertes, de mouvement dehors, de soleil. Donc le son du nouvel album est plus large, je pense.

Après sur les influences, Opening, c’était assez référencé en musiques par rapport à d’autres artistes, parce que j’avais besoin de repères pour m’aider à prendre une sorte de nouvelle voie. Alors que pour celui-ci, mon influence principale, c’était un peu Opening et comment est-ce que je peux faire plus en utilisant des pianos, des synthés et sans revenir à une musique samplée. Donc principalement c’est un album qui est basé sur les fondations de Opening.

Comment t’es venu le nom de l’album For we the living ?

C’est une phrase que j’ai lue dans une vidéo. J’aimais bien que ce soit le « we » et pas le « us »… qu’il y’a un truc un peu communautaire presque. Ca me touche, je trouve qu’il y a quelque chose d’assez fort dans le « nous » face à « eux ». En faite c’est ancré dans tout l’univers où l’on parle beaucoup de dystopie, de fin du monde, de Brexit, de catastrophe écologique…Il y avait un truc qui me touchait un peu là-dedans. Et il y avait cette vidéo d’un artiste qui s’appelle Clément Cogitore, avec deux phrases qui m’ont touché au moment où je pensais à mon album, « For we the living » et « For we the dead » et j’ai repris cette phrase et aussi je trouvais ça important pour une musique complètement instrumentale de l’ancrer dans quelque chose d’assez humain. Souvent la musique électronique, y’a souvent des paysages, des choses abstraites, moi j’aime bien raccrocher une musique instrumentale au monde humain. Ma musique n’a pas de sens si les humains ne se l’approprient pas. Ce n’est pas une musique évanescente, spirituelle, flottante. Si toi tu l’écoutes, elle existe, si tu ne l’écoutes pas, elle n’existe pas. Elle appartient à ce monde-là et elle s’adresse au monde humain.

Tu as produit un morceau avec Dream Koala, comment tu décrirais votre relation ?

On a une relation très forte tous les deux, on se connaît depuis longtemps. On a fait beaucoup de musique ensemble, on a beaucoup joué ensemble et quand je lui ai parlé de l’idée d’avoir une chanson qui poserait la question de ce qui se passe après une éventuelle dystopie totale, une catastrophe, etc. Lui il est vachement fasciné, il a beaucoup lu là-dessus. Il est assez spirituel, ésotérique et donc il était super chaud d’écrire là-dessus. Donc ça s’est fait très naturellement. De toute façon, je ne vois pas qui d’autre pourrais chanter… C’est délicat de mettre une voix, moi je suis vraiment compositeur. Et ce n’est pas l’idée de faire un featuring, ça ça ne m’intéresse pas, j’avais besoin de raconter un truc précis à ce moment là de l’album et c’était mon unique vision pour que quelqu’un le fasse.

Tu n’as jamais utilisé ta propre voix dans un de tes morceaux ?

Il y a ma voix dans pas mal de morceaux, mais c’est utilisé comme un instrument. Je le fais un petit peu en concert quand je suis motivé. Avec énormément de reverb, de distorsion. Ça fait presque une nappe de synthé, mais c’est des voix en fait.

Tu as sorti tous tes Eps et albums sur ton propre label, pourquoi ce choix ?

Je n’ai pas pensé faire autrement en fait. Ce label là, on a trouvé le nom et monté le truc avec mes copains quand on avait 18 ans. C’était évident qu’on allait faire nos disques avec ça. C’est parce que j’ai besoin d’aller vite, de faire comme je veux, c’est des questions d’agencement, d’organisation, c’est plus pratique.

Et le nom « Combien mille » ça vient d’où ?

Ah c’est une blague d’ados, une blague de copain, une blague que personne ne comprend à part toi et tes amis. Je pourrais l’expliquer, mais ça n’a pas grand intérêt.

Comment tu vois la suite de ta carrière, quelles sont tes aspirations pour les années à venir ?

Concrètement, là je commence à travailler dans le théâtre et le cinéma. Faire de la musique, mais aussi jouer dans une pièce de théâtre. Je continue à produire pour d’autres, je produis un peu dans le rap français. Je l’ai fait un peu avec Lomepal, je l’avais fait avec Nekfeu il y a deux ans. Faire un troisième album. Je ne suis pas carriériste donc mon inspiration principale c’est de toujours vivre de ma musique pour que quand je me lève le matin je n’aie pas d’autre question que de faire de la musique… ou de ne pas en faire si je n’en ai pas envie. Et c’est ça ma seule aspiration en fait et c’est déjà beaucoup. (rires)

Qu’est ce que ça t’a apporté de différent de composer pour Nekfeu ou Lomepal ou encore de produire l’album de Pone ?

Je fais une musique assez réfléchie, introspective, mais je suis quelqu’un de très sociable, je ne suis pas un nerd. Il se trouve que je m’ennuie si je ne fais pas une musique qui est assez réfléchie, mais j’aime les gens, je sors, j’ai des copains et tout donc j’aime faire de la musique avec les gens. Donc déjà ça me sort de mon cadre solo, introspectif.

Et puis je suis dans la vie quoi. Quand Pone me dit est-ce que tu veux m’aider à faire mon album… ben ouais, essayons et puis si c’est pas bien, on arrête. Voilà en l’occurrence on a aimé ce qu’on a fait, on est allés au bout tu vois.

Adolescent, j’écoutais que du rap français donc quand tu te retrouves dans un studio avec Nekfeu et qu’il te dit qu’il aimerait une prod dans ce style là, est-ce que tu pourrais nous aider. Ben ouais bien sûr, avec plaisir c’est aussi simple que ça. 

Ce qui est intéressant quand on a travaillé avec Nekfeu, c’est que j’ai le morceau qui est presque le plus pop, le plus mainstream de son album. C’est quand même un featuring avec Ed Sheeran. Je pense que j’ai essayé d’apporter des éléments de percussion, de synthé, des choses auxquelles je fais attention, assez fines dans la production d’une chanson entrainante.

Je ne fais pas trop de différence, j’ai quand même une culture musicale populaire. Je peux passer une journée entière à lire et écouter de la musique concrète puis le jour d’après écouter que du rap français. J’essaie de voir des choses intéressantes vraiment partout. 

Je regarde autant bizarrement les gens qui disent moi j’écoute que de la musique contemporaine et pas de musique populaire que les gens qui s’intéressent qu’à la musique classique. Je pense qu’il faut s’intéresser à tout, ça me paraît assez évident. Pareil quand je compose, faut dire oui à des choses que tu n’as jamais faites. Si tu ne sais pas si tu peux les faire, quand on te propose pour la première fois de faire de la musique pour une pièce de théâtre, tu dis Ok ! Après tu dois le faire.

On a pas mal parlé de comment tu composes, mais en live, comment ça se passe ?

Je prends tous les morceaux et je les transpose dans la même tonalité, comme ça tout marche ensemble. J’ai un piano, un synthétiseur, toutes mes séquences, un mixeur. Je réarrange le live, les basses, les percussions, etc. avec Ableton et par-dessus ça je joue toutes les parties piano en direct et je fais du synthé, de la voix et j’ai un SP aussi. Pour tous les samples de percussions qui doivent être jouées. J’ai des grandes trames de morceaux et entre les morceaux j’ai des phases d’intro larges pour passer d’un élément à l’autre.

Tu as déjà invité d’autres musiciens sur scène avec toi ?

A Paris j’avais invité Dream Koala pour jouer le morceau de l’album. Et sinon j’ai déjà fait une collaboration avec un orchestre et Dream Koala aux Transmusicales à Rennes. Sinon j’ai déjà joué en groupe aussi, mais pas avec Superpoze.

Est-ce que tu as une angoisse sur scène ?

Le pire truc c’est quand tu es musicien et que t’es dépendant de certaines choses qui sont sur un ordinateur, c’est pénible. Je me suis libéré de ça au maximum, mais tu n’es jamais complètement libéré de la machine. Sinon j’ai des angoisses avant de monter sur scène, mais après je suis dans mon tunnel donc ça roule.

Tu as un rituel avant de monter sur scène ?

Non, fin je suis stressé, je marche beaucoup.

Après la French Touch avec Cassius, La french touch 2.0 avec Ed Banger on commence à parler de La French touch 3.0 avec toi, Fakear, Petit Biscuit… tu penses quoi de cette étiquette ?

Moi j’y crois pas, je pense que ma musique elle a rien avoir avec celle de Fakear ou de Petit Biscuit. Même si ce sont des gens que j’aime beaucoup, on se connaît très bien, on a fait notre lycée ensemble. Je ne pense pas qu’on soit tous dans la même démarche. Après, oui on est français et on fait de la musique électronique… J’en sais rien enfaite. C’est vrai qu’on appartient à une génération, on a le même âge, on est tous nés aux alentours des années 90. La musique électronique ça a été un truc évident. Ce qui nous unit, c’est que ce n’est pas vraiment une musique de club, ce n’est pas une musique électronique qui est née pour faire danser les gens.

Qu’est ce que tu écoutes ?

Ça change assez souvent, dans les albums majeurs que j’écoute souvent, il y a le dernier Bon Iver. Je trouve que c’est une œuvre magistrale, je trouve que c’est une réussite absolue. J’adore cet album. J’écoute… c’est marrant parce qu’il joue ce soir, c’est Valgeir Sigurdsson, j’ai beaucoup aimé son dernier album Architecture of loss que j’ai écouté hier.

Sinon j’écoute une fille qui fait de l’ambient qui s’appelle Kaitlyn Aurelia Smith qui fait tout avec un synthé. L’album s’appelle Ears et je crois qu’il a deux ans. Ça, j’écoute beaucoup dans l’avion.

En pop folk y’a un artiste que j’aime bien en ce moment qui s’appelle Andy Shauf, The party. Une chanson Alexander all alone. Je l’écoute en boucle. Très pop,  mais j’adore ce morceau.

J’écoute aussi toutes les femmes qui composaient au synthé dans les années 70 dont une certaine Pauline Oliveros. C’est vraiment de l’ambient quoi. Des grosses nappes de guitare dans les amplis, écho, reverb, jamais de percussion. Des accords super ouverts.

Avec mon pote Sylvain, mon ingé son, on dit qu’on se met sous ambient dans l’avion.

Propos recueillis par Eugène et Matias

©Eugène Kahlo

Publications similaires

Commentaires