Interview Sébastien Hogge

Présentation de Sébastien « Seb » Hogge, guitariste solo de talent, dont les qualités guitare-tistiques ont séduit de nombreux groupes et musiciens avec lesquels il a collaboré.

 

Voilà Sébastien, tout d’abord pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Sébastion Hogge, j’ai vingt-sept ans, et je suis guitariste solo. J’ai commencé la guitare à quatorze ans, enfin plus précisément la basse pendant un an et vers quinze ans je me suis mis à la guitare. Tout d’abord par le rock, le funk, en écoutant beaucoup les « Red Hot Chili Peppers » notamment. Et petit-à-petit est venue à moi la technique du « finger-picking » grâce au guitariste Jacques Stotzem (guitariste acoustique belge). Cette technique de guitare solo consiste à jouer la basse et la mélodie en même temps. A ça sont venues se greffer d’autres influences que j’ai acquises au « Jazzstudio »  (école de musique) d’Anvers et au conservatoire de Maastricht, donc c’est vraiment le jazz qui m’a ouvert pas mal de portes et qui m’a offert beaucoup d’outils dans la vision de la guitare (en solo en tous cas).

Je suis rentré dans « Les R’tardataires » (groupe liégeois de hip-hop, funk, reggae) il y a deux ans d’ici et donc tous ces projets-là constituent vraiment une pièce du puzzle, à chaque fois, de mon apprentissage musical et ça me permet de voir la musique différemment quoi.

Peux- tu parler d’autres groupes et artistes avec lesquels tu as collaboré, et en parallèle expliquer un peu ce que tu as fait « tout seul » en tant que guitariste ?

Donc, euh… Mon premier groupe, c’était « Casino », avec trois potes à moi. C’est un groupe de funk-rock où on était ensemble au Jazzstudio avec le batteur. Groupe avec lequel on a tourné quelques concerts sur la scène liégeoise, et qui m’a permis d’acquérir pas mal d’expérience.

Surtout au niveau « live ». On a enregistré trois démos avec ce groupe-là : c’était vraiment les premières expériences, j’ai envie de dire, un peu « innocentes » dans le sens où je ne maîtrisais pas encore la musique, je ne l’avais pas étudiée au conservatoire, je n’apprenais pas vraiment à la comprendre quoi. J’ai eu, comme je le disais dans la question avant, Les R’tardataires où là c’est un milieu beaucoup plus « professionnel » dans le sens où le groupe a déjà de la route. Ça fait quelques années qu’ils tournent, moi j’ai pris le train en route, je suis rentré notamment pour enregistrer l’album « Mieux vaut tard que jamais » (le premier album). Ensuite, j’ai enchaîné une série de concerts (Dour, les Francofolies de Spa, les « coups  de cœur francophones de Montréal »). Voilà.

Justement, faire des scènes comme Dour au début, ça devait être un peu surprenant … ?

Ha, au début ouais, c’est à la fois stressant (mais c’est un stress positif !), parce qu’on se dit qu’on est enfin sur des grosses scènes et c’est … Oui, y a rien à faire, il y a un côté un peu palpitant. La  première fois qu’on fait Dour, c’est quand même le kiff quoi !

Et vous avez gagné un concours de « talents », c’est ça ?

Ça c’était le concours « Franc’Off » dont un des prix était notamment le voyage à Montréal …

Peux- tu encore parler (tu l’as brièvement abordé dans la première question quand tu t’es présenté) de ton style musical et de tes principales influences … Au niveau du style mais aussi au niveau des musiciens, des artistes ?

Ben moi en fait ce n’est pas compliqué : ce qui m’a fait décider à devenir guitariste professionnel, en me disant grâce à lui « je sais depuis quinze ans que je veux faire ça », c’est Stevie Ray Vaughan. En écoutant « Pride and Joy » de Stevie Ray Vaughan. Là, je me suis dit « c’est ça que je veux faire ! », c’est cette musique-là, la révélation de ma vie quoi. J’ai acheté tous les albums et les quatre à cinq années qui ont suivi mon travail de la guitare, ça consistait à apprendre tous ses morceaux et tous ses solos quoi. C’est seulement après que je me suis mis au jazz et à d’autres réalités musicales mais c’est mon point de départ. Et après, vraiment toutes les références comme Muddy Waters, Howlin’ Wolf et les bluesmen encore plus vieux ont suivi quoi. Ce sont vraiment des références qui m’ont accompagné mais ça part de Stevie Ray Vaughan, parce que je me suis rendu compte que ce gars-là s’était basé notamment sur (Jimi) Hendrix et les vieux bluesmen. Mais il avait un son tellement authentique qui me touchait (un son de «Stratocaster », pour les guitaristes – guitare électrique de la marque américaine « Fender »), qui a vraiment joué dans le fait que j’achète cette guitare moi aussi, j’ai toujours joué là-dessus.

Et après ça, sont venues se greffer les influences du finger-picking et notamment avec Jacques Stotzem, le grand guitariste liégeois à la carrière internationale, avec qui j’ai fait deux stages. Et je vais dire que c’est … Ouais, il y a eu aussi le conservatoire de Maastricht qui m’a apporté beaucoup en termes d’harmonie, de jazz, le fait d’étudier tous les styles différents, d’intellectualiser la musique (un aspect théorique). Mais quand-même basé sur le toucher, la sensation, rien n’est indissociable quoi. Il faut étudier la théorie, savoir s’en défaire quand on joue, mais avoir conscience des choses, le sens de ce qu’on joue. Et je dirais que c’est vraiment ces trois points-là (donc le blues de Stevie Ray Vaughan, le finger-picking et le jazz sous son aspect intellectuel) qui m’ont fait décider de démarrer un projet solo ; les trois points centraux, les trois choses que j’essaye de revendiquer et d’appliquer dans ce projet solo.

Justement, par rapport à ça. Toi tu as ton univers qui est toujours en construction. Mais quelle est l’influence des autres projets sur lesquels tu collabores, l’échange ? Une vraie richesse ? 

Il faut le voir justement comme un apport musical, et un accès à d’autres réalités musicales. Le hip-hop (cf. Les R’tardataires) et ce que je fais de base sont deux réalités tellement différentes que justement, en tant qu’artiste il faut arriver à être ouvert et passer d’une réalité (je parle vraiment de réalité parce que ce sont des perceptions différentes, un univers différent) à l’autre. Par exemple, on a refait un concert avec le groupe Casino au « Tipi » (salle de concerts liégeoise, dans le quartier d’Outremeuse) il y a un mois d’ici, un truc comme ça, hé bien ce fait de refaire un concert avec Casino m’a entre guillemets replongé dans l’univers d’il y a cinq ans : je jouais les morceaux différemment et ça c’est un apport, parce que tu te rends compte que le fait d’être capable de sauter d’un univers à l’autre est un drill, un travail aussi quoi, l’exploration de plusieurs styles. Et pour moi un musicien doit savoir se mettre comme ça dans un style assez facilement quoi.

Parce que justement ça peut être aussi pour toi, en tant que guitariste solo, pas si simple de s’adapter aux autres, à d’autres styles…

Voilà, justement tu as raison de dire ça parce que … Non seulement en termes de « musiciens » au sens large du terme, mais aussi dans le cadre du projet solo, c’est un apport. Parce que comme tu dis, le  finger-picking ce n’est jamais qu’une technique, pas un style, ce qui fait qu’avec ça, tu peux vraiment jouer du blues, tu peux jouer du jazz, reprendre un morceau pop … Je veux dire, je me suis amusé à reprendre un morceau des Daft Punk une fois, donc c’est vrai que … Contrairement à ce qu’on pourrait croire, parce que c’est de la guitare solo instrumentale, ce n’est pas fermé au niveau su style quoi. Ça reste très adaptable !

Donc justement il FAUT jouer avec beaucoup de groupes, d’après moi, pour jouer en solo après parce que tu as vraiment développé des outils qui te permettent de jouer comme ça en solo.

La musique, pour toi, c’est davantage une passion qu’un « passe- temps » ? Quelle place prend- elle dans ta vie, dans l’ensemble ?

La musique, ben c’est clairement … C’EST ma vie, je ne saurais pas vivre sans musique, qu’il s’agisse d’en faire ou d’en écouter mais ça, ça fait quinze ans que je le sais. Et c’est pour ça que je veux tout mettre en œuvre pour en vivre parce que … Enfin avec toute l’humilité possible, parce qu’il faut être conscient que toute ta vie tu apprends, et je vais dire euh, en quelque sorte … Même si tu as un style et que tu veux le revendiquer, c’est clair qu’il évolue avec le temps, ça c’est vraiment un point dont il faut vraiment avoir conscience car tu évolues avec ce style, et tu sais bien que tu vas rencontrer des gens qui vont te faire évoluer et peut-être l’inverse, peut-être que les gens en jouant avec toi évolueront aussi. Et c’est ça qui est magnifique, au-delà de … Voilà, l’échange, c’est vraiment quelque chose qui me plait beaucoup, le côté « social ».

Et donc pour répondre à ta question (parce que je me suis un peu décalé de ta question !) euh … La musique, où je place son degré dans ma motivation, c’est que je ne saurais pas ne pas vivre de la musique. Moi c’est clair et certain que c’est le métier que je veux faire quoi. Même s’il faut quitter les frontières !

Quelles sont les expériences qui t’ont le plus marqué, tant au niveau d’une performance solo qu’au niveau des groupes (plus précisément des scènes que tu as pu faire en groupe) ?

Les scènes en solo … Ben ça je dirais, euh … Il y avait le « Blues-sphere » (organisateur de concerts blues à Liège). J’ai eu l’occasion justement d’y jouer il y a un mois et demi d’ici, et j’aime bien cet endroit-là parce que c’est une ambiance … C’était un concert moitié trio et moitié solo quoi, c’est-à-dire qu’à chaque fois je jouais en solo et les musiciens (Shana Mpunga aux percussions et au chant, et Jean Debry à la basse) venaient me rejoindre. Et ce concert-là, c’était vraiment une super expérience parce que c’est là … Comme de quoi on apprend tout le temps, c’est vraiment un déclic que j’ai eu de me dire « pourquoi jouer en solo et pourquoi jouer en groupe séparément ? ». Et pourquoi pas joindre les deux ; revendiquer ça comme un projet solo où le duo/trio vient me rejoindre (je commence en finger-picking et les autres viennent me rejoindre quoi). Et ça c’était vraiment une super expérience, un super concert et au-delà de ça il y a le cadre du Blues-sphere qui est très agréable. C’est le seul club de blues à Liège où on  peut retrouver vraiment cette ambiance-là, comparable à un petit club de Chicago quoi. J’aime bien cet univers.

Au niveau des scènes de groupe ?

Ben je dirais que si je dois cibler comme ça des moments, j’en choisirais une avec Les R’tardataires … Vraiment une scène qui m’a assez bien marqué avec eux, c’est la « release » au centre culturel de Chênée parce que c’était la sortie de l’album donc un côté qu’on attendait vraiment, et il y avait les invités aussi (notamment « Xamanek », « Daddy Cookies », …). Donc voilà, c’était vraiment la scène avec Les R’tardataires où il y avait vraiment un côté très palpitant. Et comme j’ai dit, c’est dû au fait qu’on sortait l’album, et donc les invités.

Avec Casino … Ben ça je dirais que c’est la scène au Tipi le mois dernier (le groupe a effectué un concert unique de retour après plusieurs années d’absence) ! Parce que ça c’est le « come-back » … Au-delà des demandes, de devoir en vivre, … Ce n’était plus un boulot quoi, c’est l’aspect humain qui a (particulièrement) pris le dessus et ce qu’on a ressenti sur scène, c’est assez unique quoi. Parce qu’on savait bien que c’était le dernier concert et avec un public qui en partie nous suivait à l’époque et s’est dit « on va aller voir Casino parce que ça fait cinq ans qu’ils n’ont plus joué » … D’ailleurs certains espéraient qu’on reprenne vraiment …

Au niveau de tes projets, où en es-tu ? Sortie d’un album en vue ? Comment ça se passe ?

Là vraiment mon gros projet de l’année, qui me tient énormément à cœur et est un projet de longue date, c’est de mettre tout ce que j’ai « développé » en solo mais encore une fois aussi via les groupes, au service d’un album qui me représente vraiment à cette époque-ci de ma vie (avec certainement des imperfections dont je me rendrai compte plus tard !), que je vais réaliser notamment via un appel à dons (« KissKissBankBank » qui est un site de crowdfunding), qui va me permettre de réaliser cet album et trouver les fonds nécessaires, et donc toutes les influences (je reviens sur le finger-picking, le blues, le jazz, les apports des différents groupes), je vais vraiment essayer de les mettre dans cet album-là.

 

Donc ton instrument, la guitare, comme fil rouge, mais alors tu comptes inviter aussi des artistes pour l’aspect chant, d’autres instruments …

Oui, c’est ça. Au niveau de cet album, notamment une des volontés c’est de faire venir des « guests ». Parce qu’une des volontés du finger-picking ça va être de jouer tout seul, et l’interaction est un paramètre super important en musique, prendre du plaisir à jouer avec d’autres personnes … Quand on joue tout seul c’est plus avec le public, le jeu est différent. Et notamment ici, je vais faire venir Shana Mpunga pour un morceau. Et d’autres guitaristes de la scène belge quoi, à définir.

Est-ce que dans tes concerts, au-delà des chansons que tu travailles, tu as de l’improvisation aussi ?

Oui ça c’est vrai, mais je vais dire, c’est le côté « jazzeux » qui est basé sur l’improvisation et moi vu que je suis  moins de l’école du « classique » … C’est un paramètre que je travaille de plus en plus, que même les phases d’impro, arriver à les « caler » quoi … C’est vrai qu’il y a beaucoup d’impro parce que je suis quelqu’un de fort instinctif et j’ai du mal à préparer quelque chose ! Maintenant, ça va un peu mieux parce justement j’essaye de travailler ça mais il y a quelques années, je ne supportais pas de travailler par cœur un truc. Ou alors, prendre la partition c’est encore pire quoi. Moi j’ai besoin de me laisser aller à l’énergie du moment. Et donc ça je le travaille justement, pour faire en sorte que tout soit millimétré et que tous les morceaux s’enchainent sans improvisation.

Dernière question : quels pourraient être tes appréhensions, forces et freins qui peuvent influer sur ta carrière ? Par exemple dans ce que tu fais, est-ce que c’est difficile d’avoir un public pour ce que tu fais particulièrement ? Peux-tu l’expliquer ?

Ce qui peut mettre des bâtons dans les roues, c’est justement le fait qu’il n’y ait pas de chant en fait, ça c’est le GROS obstacle du finger-picking : d’arriver à intéresser un public qui pourrait rester fermé. Et ça il n’y a rien à faire, il faut arriver à … J’ai envie de dire, à croire en son style, et jongler entre des reprises et des compositions.

Les reprises sont importantes dans mon style, parce que ça va permettre à la personne de revisiter un morceau connu mais d’une autre manière. Et avec ça, plus un travail de promo, je pense qu’il y a moyen de « choper » un public intéressé.

En ce qui concerne les craintes par rapport au public en Belgique, ça c’est sûr que si jamais je n’arrive pas à intéresser suffisamment les gens que pour avoir des concerts, ben j’irai voir à l’étranger quoi, s’il  y a une demande, et il y a des pays où la demande est bien plus haute dans ce style. Dans la mentalité aussi, le fait d’être curieux, s’intéresser, et découvrir de nouveaux trucs.

A terme … J’ai envie de tenter de repartir aux Etats-Unis, particulièrement à New-York quelques mois, ça c’est vraiment quelque chose qui me tiendrait à cœur. Voilà, ça dépendra de la situation d’ici-là, mais si j’ai un album et s’il faut aller le défendre quelque part d’autre parce que ça ne marche pas ici, je suis prêt à le faire quoi, ça c’est sûr.

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Crédit photo: Thomas Humpers

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